Depuis peu, Airbnb a fait évoluer sa politique concernant les commentaires que l'on rédige soi-même. Concrètement, hôtes comme voyageurs disposent désormais d'une fenêtre de 30 jours après la publication de leur avis pour le supprimer directement, sans passer par le service client et sans avoir à justifier quoi que ce soit. C'est une nouveauté qui change pas mal de choses dans la manière dont on peut gérer sa réputation sur la plateforme, et on va voir dans cet article comment ça fonctionne concrètement, mais aussi pourquoi cette fonctionnalité est bien plus stratégique qu'elle n'en a l'air au premier abord.
Une nouveauté qui passe presque inaperçue
On ne va pas se mentir : la plupart des utilisateurs d'Airbnb n'ont pas conscience de l'existence de cette option. Elle est glissée discrètement dans le centre d'aide, sans grande annonce, sans notification push, rien. Pourtant, elle mérite qu'on s'y attarde, parce qu'elle offre une vraie marge de manœuvre à ceux qui savent l'utiliser au bon moment.
Jusqu'à présent, une fois qu'un commentaire était publié sur Airbnb, il était pratiquement gravé dans le marbre. On pouvait éventuellement le modifier avant sa publication effective (tant qu'il n'était pas encore visible), mais une fois en ligne, impossible de faire machine arrière. Aujourd'hui, la donne a changé : tant qu'on reste dans les 30 jours suivant la publication, on peut retirer son propre avis de la plateforme, que l'on soit l'hôte qui a noté son voyageur ou le voyageur qui a noté son logement.
Cette possibilité concerne uniquement les commentaires que vous avez rédigés vous-même. Elle ne doit pas être confondue avec la démarche de contestation d'un commentaire que vous auriez reçu et qui, selon vous, ne respecterait pas la politique d'Airbnb en matière de commentaires : cette seconde procédure existe depuis longtemps et reste totalement différente, avec ses propres règles, ses propres délais de traitement (environ 48 heures) et une limite de deux demandes par commentaire contesté.
Qui peut supprimer un commentaire qu'il a rédigé ?
La règle est simple sur le papier : toute personne qui a rédigé un commentaire, qu'elle soit hôte ou voyageuse, peut demander sa suppression, à condition que la publication date de moins de 30 jours. Passé ce délai, le bouton de suppression disparaît purement et simplement de l'interface, et il n'existe alors plus aucun moyen de revenir en arrière sur son propre avis.
Ce délai de 30 jours n'est donc pas anodin. Il faut garder en tête cette échéance si vous envisagez de revenir sur un avis que vous avez laissé, que ce soit parce que la situation a évolué, que vous avez changé d'avis après coup, ou — on y revient plus loin — parce que vous voulez utiliser cette option comme un vrai levier de négociation ou de pédagogie vis-à-vis d'un voyageur.
Comment supprimer un commentaire que vous avez rédigé, étape par étape
La procédure est volontairement simple, Airbnb ayant cherché à la rendre accessible en quelques clics, aussi bien depuis un ordinateur que depuis l'application mobile.
Depuis un ordinateur
- Rendez-vous sur votre page Profil.
- Cliquez sur l'option Afficher les commentaires que j'ai rédigés.
- Repérez, dans la liste qui s'affiche, le commentaire que vous souhaitez retirer.
- Cliquez sur Supprimer le commentaire, puis suivez les instructions affichées à l'écran pour confirmer votre choix.
Si le bouton Supprimer le commentaire n'apparaît pas à côté de l'avis concerné, c'est que la fenêtre des 30 jours est déjà refermée. Il n'existe alors aucune exception, aucun recours auprès du support pour repousser ce délai : la règle est stricte et s'applique de la même façon à tous les utilisateurs.
Depuis l'application mobile (iOS et Android)
Le principe reste identique sur mobile : on accède à son profil, on ouvre la section listant les commentaires rédigés, on sélectionne celui que l'on veut effacer, puis on confirme la suppression via le bouton dédié. L'ergonomie diffère légèrement d'une plateforme à l'autre, mais la logique de navigation reste la même que sur desktop.
Depuis un navigateur mobile
Pour les personnes qui préfèrent passer par le site plutôt que par l'application, la démarche est identique à celle du desktop : profil, commentaires rédigés, sélection de l'avis, puis suppression.
Une fois la suppression validée, le commentaire disparaît immédiatement et définitivement de la plateforme. Il n'est pas archivé quelque part, il n'est pas possible de le restaurer, et vous ne pourrez pas non plus le republier ensuite. C'est un aller simple.
Pourquoi cette fonctionnalité est en réalité une excellente nouvelle
Sur le papier, on pourrait se dire que cette option ne sert qu'à corriger une erreur de frappe ou à revenir sur un jugement un peu trop hâtif. Mais en creusant un peu, on se rend compte qu'elle ouvre une vraie porte, notamment pour les hôtes, dans la gestion de la relation avec leurs voyageurs.
Voici un cas de figure très concret, que beaucoup d'hôtes vivent régulièrement : vous accueillez un voyageur, le séjour se passe globalement bien, vous n'avez rien de particulier à reprocher, alors vous lui laissez un commentaire élogieux et une note de 5 étoiles. En retour, ce même voyageur vous met... une note de 4 étoiles. Sur Airbnb, une note de 4/5 n'a rien d'anodin : contrairement à ce que beaucoup de voyageurs imaginent, ce n'est absolument pas perçu comme une « bonne note ». Le système de classement d'Airbnb favorise très fortement les logements qui affichent une moyenne proche de 4,9 ou 5, et une poignée de 4 étoiles peut suffire à faire chuter durablement le classement d'une annonce, sa visibilité dans les résultats de recherche, et donc, in fine, le nombre de réservations.
Le problème, c'est que la majorité des voyageurs n'ont pas conscience de cette réalité. Pour eux, un séjour « très bien » mérite un 4/5, un peu comme on noterait un restaurant ou un film. Ils ne savent pas qu'ils viennent, sans le vouloir, de pénaliser lourdement la personne qui les a hébergés.
C'est précisément là que la suppression de son propre commentaire devient un outil intéressant. Si un hôte reçoit une note de 4 étoiles qu'il juge injustifiée au regard du déroulement réel du séjour, il a désormais la possibilité de supprimer le commentaire élogieux qu'il avait lui-même laissé au voyageur. Ce geste n'est pas un caprice ni une simple vengeance : c'est un signal fort. Il permet de faire comprendre au voyageur, souvent par un message d'accompagnement, que sa note a eu un impact réel et disproportionné sur l'activité de l'hôte, et que le mécanisme de réciprocité entre commentaires n'est pas à sens unique. Beaucoup de voyageurs, une fois cette logique expliquée, comprennent l'enjeu et adaptent leur comportement pour les séjours suivants.
Utilisée intelligemment, cette fonctionnalité participe donc à une forme de pédagogie collective sur le système de notation d'Airbnb. Elle rappelle qu'un commentaire, aussi bien pensé soit-il, engage une responsabilité : celle de comprendre les conséquences concrètes d'une note qu'on distribue un peu trop vite, sans en mesurer l'impact réel pour la personne en face.
Cela dit, il est important de garder une certaine mesure dans l'usage de cet outil. Le supprimer systématiquement, de façon presque automatique, à la moindre note inférieure à 5 étoiles, risquerait de donner une image un peu rigide de l'hôte, voire de braquer certains voyageurs plutôt que de les faire réfléchir. L'idéal reste de l'utiliser avec discernement, en priorité lorsque la note reçue paraît réellement disproportionnée par rapport au déroulement du séjour, et idéalement accompagné d'un échange courtois avec le voyageur pour expliquer la situation plutôt que de laisser le geste parler tout seul.
Éduquer les voyageurs en amont : la solution du guide de notation personnalisable
Plutôt que de réagir après coup en supprimant un commentaire, une autre approche consiste à anticiper le problème, en expliquant aux voyageurs, avant même qu'ils ne laissent leur avis, comment fonctionne réellement le système de notation Airbnb.
C'est exactement ce que propose le site bnbflyer.com, à travers un générateur de guide de notation personnalisable, disponible à l'adresse suivante : https://www.bnbflyer.com/fr/editor.php?template=notation. Le principe est simple : l'hôte crée un document, personnalisé aux couleurs et aux informations de son logement, qui explique de façon pédagogique aux voyageurs que sur Airbnb, une note de 4 étoiles n'équivaut pas à un « bon séjour » comme cela pourrait être le cas ailleurs, mais qu'elle est au contraire perçue par la plateforme comme une note pénalisante pour l'hôte.
L'intérêt de ce type de support, c'est qu'il intervient en amont, au moment où le voyageur s'apprête à laisser son avis, et non après coup lorsque le mal est déjà fait. En glissant ce guide dans le livret d'accueil, en l'affichant dans le logement, ou en l'envoyant par message à la fin du séjour, l'hôte augmente ses chances de recevoir des notes qui reflètent réellement la satisfaction du voyageur, plutôt que des notes « par défaut » données sans réflexion sur leur portée réelle. C'est une démarche complémentaire à la suppression de commentaire évoquée plus haut : l'une agit en prévention, l'autre en réaction lorsque la prévention n'a pas suffi.
Et pour les hôtes qui veulent reprendre la main sur leurs réservations : avoir son propre site internet
La question des commentaires et des notes s'inscrit plus largement dans une problématique que rencontrent beaucoup d'hôtes : la dépendance vis-à-vis des plateformes comme Airbnb. Entre les commissions prélevées, les algorithmes de classement parfois opaques, et cette fameuse sensibilité extrême aux notes inférieures à 5 étoiles, de plus en plus de propriétaires cherchent à diversifier leurs sources de réservation.
C'est dans cette logique que des solutions comme myhostpack.com (https://myhostpack.com/fr/) trouvent leur place. Le principe est de proposer aux hôtes un site internet clé en main, pensé spécifiquement pour la location saisonnière, avec un calendrier synchronisé avec Airbnb et les autres plateformes, une galerie photo, un blog, et un système de contact direct permettant de recevoir des réservations sans intermédiaire ni commission. L'idée derrière ce type de service est simple : réduire la dépendance à un algorithme unique, sécuriser une partie de ses revenus en direct, et ne plus subir uniquement les règles fixées par une seule plateforme. Pour un hôte qui gère plusieurs biens ou qui souhaite construire une clientèle fidèle sur le long terme, disposer de son propre site internet devient un complément naturel à une présence sur Airbnb, plutôt qu'une alternative exclusive.
Et après les 30 jours ? Ce que dit vraiment la loi
Le délai de 30 jours évoqué plus haut est une règle fixée par Airbnb elle-même, dans le cadre de son fonctionnement interne. Ce n'est pas une règle imposée par la loi : c'est une limite « maison », propre à la plateforme, qui pourrait tout à fait être différente demain si Airbnb décidait de faire évoluer sa politique. Cela dit, il existe bel et bien un fondement légal, indépendant de cette limite de 30 jours, sur lequel un hôte ou un voyageur peut s'appuyer pour demander la suppression d'un avis qu'il a rédigé : le droit à l'effacement, prévu par l'article 17 du Règlement général sur la protection des données (RGPD), parfois appelé « droit à l'oubli ».
Ce texte européen, applicable en France depuis le 25 mai 2018, prévoit qu'une personne peut demander à un responsable de traitement — en l'occurrence Airbnb, Inc. — l'effacement de données à caractère personnel la concernant, et ce dans plusieurs situations prévues par l'article 17 : lorsque les données ne sont plus nécessaires au regard de la finalité pour laquelle elles ont été collectées, lorsque la personne retire un consentement sur lequel reposait le traitement, ou encore lorsqu'elle s'oppose au traitement et qu'aucun motif légitime impérieux ne justifie son maintien. Un commentaire que vous avez rédigé, associé à votre profil, à votre nom et à votre identité de voyageur ou d'hôte, constitue bien une donnée à caractère personnel au sens du règlement, dans la mesure où il permet de vous identifier et où il est lié à votre compte.
Concrètement, cela signifie que, même après l'expiration du délai de 30 jours prévu par Airbnb, vous conservez la possibilité de solliciter la plateforme en invoquant ce droit à l'effacement, pour demander le retrait d'un commentaire que vous avez rédigé et que vous ne souhaitez plus voir apparaître publiquement.
Comment procéder concrètement
Pour faire valoir ce droit, la démarche recommandée est la suivante :
- Contactez le service client d'Airbnb via le centre d'aide, en expliquant clairement que vous souhaitez faire usage de votre droit à l'effacement des données personnelles.
- Mentionnez explicitement l'article 17 du RGPD dans votre demande, en précisant qu'il s'agit d'un commentaire que vous avez personnellement rédigé et qui constitue une donnée vous concernant.
- Indiquez le motif sur lequel vous vous appuyez (par exemple : la donnée n'est plus nécessaire à la finalité pour laquelle elle a été publiée, ou vous vous opposez désormais à sa diffusion).
- Conservez une trace écrite de votre échange (capture d'écran, copie de l'e-mail envoyé), au cas où vous auriez besoin de la produire dans un second temps.
- En l'absence de réponse satisfaisante, vous pouvez saisir la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés), qui est l'autorité compétente en France pour instruire ce type de réclamation.
Une nuance importante à connaître
Il serait toutefois trompeur d'affirmer que ce droit est absolu et que la loi « oblige » systématiquement Airbnb à supprimer n'importe quel commentaire sur simple demande. Le même article 17 du RGPD prévoit, dans son paragraphe 3, plusieurs exceptions qui permettent au responsable du traitement de refuser une demande d'effacement — notamment lorsque le traitement des données reste nécessaire à l'exercice du droit à la liberté d'expression et d'information. Or, un commentaire Airbnb sert précisément à informer les autres utilisateurs de la plateforme (futurs voyageurs ou futurs hôtes) : Airbnb pourrait donc, en théorie, invoquer cette exception pour justifier un refus, en expliquant que la suppression porterait atteinte au droit du public à disposer d'une information fiable sur les hôtes et les logements.
Dans les faits, la jurisprudence montre que ces deux logiques — droit à l'effacement d'un côté, liberté d'information de l'autre — sont mises en balance au cas par cas, sans réponse automatique et systématique dans un sens ou dans l'autre. Il faut également signaler qu'en droit français, le décret n° 2017-1436 du 29 septembre 2017, qui encadre les avis en ligne de consommateurs, n'impose pas non plus explicitement une suppression illimitée dans le temps : il impose surtout aux plateformes de délivrer une information claire et transparente sur les modalités de publication, de modération et, le cas échéant, de modification des avis. C'est d'ailleurs cette exigence de transparence qui a poussé des plateformes comme Airbnb à préciser, noir sur blanc, les conditions dans lesquelles un commentaire peut être retiré.
En pratique, invoquer l'article 17 du RGPD reste donc une voie de recours légitime et sérieuse, à envisager notamment lorsque le délai de 30 jours est dépassé, mais elle ne garantit pas un résultat automatique : Airbnb reste libre d'examiner la demande et peut, en théorie, la refuser en motivant sa décision. La voie la plus rapide et la plus fiable demeure, dans tous les cas, l'utilisation de l'outil natif de suppression dans les 30 jours suivant la publication. Le recours au RGPD doit plutôt être vu comme une solution de dernier recours, à activer lorsque cette première fenêtre est refermée et que la situation le justifie réellement.
Précision utile : cette section présente un panorama général à titre d'information et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour une situation précise et complexe, il est recommandé de se rapprocher d'un professionnel du droit ou de la CNIL directement.
Et le droit d'auteur, dans tout ça ?
Une autre idée revient souvent : puisque c'est vous qui avez écrit le commentaire, vous en seriez l'auteur au sens du droit d'auteur, et vous pourriez donc en exiger le retrait à tout moment, en toute liberté, un peu comme un peintre retirerait une toile d'une exposition. Cette intuition n'est pas totalement infondée, mais elle mérite d'être précisée, car le droit français encadre cette possibilité de façon beaucoup plus stricte qu'on ne l'imagine.
Le droit français prévoit effectivement un mécanisme qui va dans ce sens : le droit de retrait et de repentir, prévu par l'article L. 121-4 du Code de la propriété intellectuelle. Ce texte dispose que, même après avoir cédé ses droits d'exploitation, l'auteur d'une œuvre conserve, vis-à-vis de la personne à qui il a cédé ces droits, la faculté de revenir sur sa décision et de retirer son œuvre de la circulation. C'est un droit moral, donc attaché à la personne de l'auteur, qui existe indépendamment de ce que prévoient les conditions d'utilisation d'un site ou d'une application.
Sur le principe, un commentaire Airbnb pourrait donc, dans certains cas, entrer dans le champ de ce texte. Mais il faut avoir en tête trois limites importantes, qui changent beaucoup la portée pratique de cet argument :
- Il faut d'abord que le commentaire soit une « œuvre de l'esprit » protégée par le droit d'auteur. Ce n'est pas automatique : la loi exige que le texte porte l'empreinte de la personnalité de son auteur, à travers des choix d'expression, de style ou de formulation qui lui sont propres. Un commentaire très court et purement factuel du type « Séjour agréable, logement propre, hôte réactif » a de fortes chances de ne pas franchir ce seuil d'originalité, et donc de ne pas être considéré comme une œuvre au sens juridique du terme. Un avis plus long, plus personnel, plus construit, a en revanche davantage de chances d'être reconnu comme tel.
- Ce droit ne s'exerce pas gratuitement ni sans condition. L'article L. 121-4 est très clair sur ce point : l'auteur ne peut exercer son droit de retrait qu'à charge d'indemniser au préalable la personne à qui il avait cédé ses droits (ici, Airbnb) du préjudice que ce retrait pourrait lui causer. Autrement dit, ce n'est pas un simple clic sans conséquence : c'est un mécanisme pensé à l'origine pour des œuvres éditoriales ou artistiques, avec une contrepartie financière potentielle, et non un droit de suppression instantané et sans condition.
- Les tribunaux exercent un contrôle sur l'usage de ce droit. La jurisprudence a déjà rappelé que ce droit moral, bien que protecteur, ne peut pas être détourné de son objectif ou utilisé de façon abusive. Un juge saisi d'un litige pourrait donc être amené à examiner les motifs réels de la demande de retrait.
Il y a par ailleurs une confusion à éviter, que votre question soulève très justement en creux : le fait qu'un auteur soit responsable de ce qu'il écrit (au sens où il peut être tenu pour responsable en cas de propos diffamatoires ou injurieux, par exemple) est une chose ; le fait qu'il détienne un droit d'auteur lui permettant d'en exiger le retrait en est une autre. Ce sont deux régimes juridiques distincts : l'un relève de la responsabilité civile ou pénale liée au contenu du propos, l'autre relève de la propriété intellectuelle et de la protection de la création. Être responsable de ses écrits n'ouvre pas, en soi, un droit automatique à leur suppression.
En résumé, sur cette question du droit d'auteur : l'argument existe juridiquement, il est réel, mais il est loin d'être aussi simple et automatique que « c'est moi qui l'ai écrit, donc je peux le supprimer quand je veux ». Il suppose que le texte soit suffisamment original pour être protégé, il implique en théorie une indemnisation préalable de la plateforme, et il reste, comme le recours au RGPD évoqué plus haut, une voie plus incertaine et plus lourde que la simple suppression native proposée par Airbnb dans les 30 jours suivant la publication.
Un élément nouveau et bien réel : Airbnb n'est plus considérée comme un simple « hébergeur »
Il existe un développement juridique récent, tout à fait vérifiable, qui mérite d'être ajouté à ce tableau, car il change la façon dont on peut construire une demande auprès d'Airbnb. Par deux arrêts rendus le 7 janvier 2026 (pourvois n° 23-22.723 et n° 24-13.163), la Chambre commerciale de la Cour de cassation a jugé qu'Airbnb ne pouvait pas bénéficier de la qualification d'« hébergeur » au sens de l'article 6 de la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN), qui réserve un régime de responsabilité allégée aux acteurs jouant un rôle strictement neutre et passif de stockage. La Cour a retenu qu'Airbnb exerce au contraire un « rôle actif » : la plateforme impose des règles contraignantes aux hôtes et aux voyageurs, en vérifie le respect, intervient dans la présentation des annonces, et distingue certains profils par l'attribution du badge « Superhost ». Ce faisceau d'éléments l'empêche de se prévaloir du statut d'intermédiaire neutre.
Il faut cependant resituer cette décision dans son contexte exact, car c'est un point sur lequel on lit parfois des raccourcis trop rapides. Ces deux arrêts concernaient des litiges liés à des sous-locations illégales : des locataires avaient sous-loué leur logement via Airbnb sans l'accord de leur propriétaire, et la question posée aux juges était de savoir si Airbnb pouvait être tenue responsable, aux côtés du sous-loueur, de ces agissements. La Cour de cassation ne s'est donc pas prononcée sur la question spécifique des avis en ligne ni sur une éventuelle obligation de les supprimer sur simple demande de leur auteur : elle a tranché la question, plus générale, de la qualification juridique d'Airbnb (hébergeur ou éditeur) dans le cadre de sa responsabilité pour les contenus qui transitent par sa plateforme.
Cela dit, cette jurisprudence reste un argument de poids, même s'il faut se garder d'en tirer des conclusions trop définitives sur le sujet des commentaires. Le raisonnement est le suivant : si Airbnb est reconnue comme exerçant un contrôle éditorial actif sur les contenus de sa plateforme (annonces, badges, mise en avant), il est plus difficile pour elle de se présenter, dans le même temps, comme un simple tuyau technique n'ayant aucune prise sur les avis publiés par ses utilisateurs. Autrement dit, cette décision fragilise l'argument qu'Airbnb pourrait être tentée d'opposer à une demande de suppression d'avis (« nous ne sommes qu'un hébergeur neutre, nous n'intervenons pas sur le contenu »), puisque les juges ont déjà écarté cette présentation d'elle-même dans un autre contexte. Ce n'est donc pas la preuve qu'Airbnb « doit » supprimer un avis sur simple demande, mais c'est un élément de contexte qui peut utilement appuyer une demande, en rappelant à l'interlocuteur que la plateforme ne peut pas se retrancher indéfiniment derrière une posture de simple prestataire technique passif.
Article 7, paragraphe 3, du RGPD : un argument à manier avec prudence
Le texte du RGPD prévoit, à son article 7§3, que toute personne a le droit de retirer à tout moment un consentement qu'elle a donné, et que ce retrait doit être aussi simple que l'action d'avoir consenti. Cet argument est parfois avancé pour justifier une demande de suppression d'avis. Il faut toutefois avoir en tête une limite technique importante : cette disposition ne s'applique que si le traitement de vos données repose spécifiquement sur votre consentement comme base légale, au sens de l'article 6 du RGPD. Or, la publication d'un avis sur une plateforme comme Airbnb repose le plus souvent sur l'exécution du contrat qui vous lie à elle (les conditions générales d'utilisation que vous avez acceptées en créant votre compte) plutôt que sur un consentement isolé et spécifique à la diffusion de cet avis. Si tel est le cas, l'article 7§3 ne s'applique pas directement, et c'est bien l'article 17 (droit à l'effacement, évoqué plus haut) qui reste le fondement le plus solide à invoquer, indépendamment de la question du consentement.
Ce que cela change concrètement dans une demande à Airbnb
En combinant ces différents éléments, une demande de suppression adressée au support d'Airbnb après le délai de 30 jours gagne à s'appuyer sur plusieurs arguments cumulés plutôt qu'un seul :
- le droit à l'effacement prévu par l'article 17 du RGPD, en expliquant que l'avis est associé à votre identité et que vous ne consentez plus à sa diffusion ;
- le cas échéant, le droit de retrait ou de repentir de l'article L. 121-4 du Code de la propriété intellectuelle, si l'avis en question est suffisamment personnel et rédigé pour pouvoir être considéré comme une œuvre originale ;
- le rappel que la jurisprudence récente de la Cour de cassation a écarté la présentation d'Airbnb comme simple hébergeur neutre, ce qui rend moins crédible un refus fondé sur l'idée que la plateforme n'aurait « aucune prise » sur le contenu publié.
Il ne s'agit pas de garanties de résultat : Airbnb reste libre d'examiner chaque demande au cas par cas, et peut refuser en motivant sa décision, notamment si elle estime que l'information reste utile aux autres utilisateurs. Mais une demande écrite, précise, qui cite ces textes plutôt que de rester dans une simple formule de politesse, a statistiquement plus de chances d'aboutir à un traitement rapide et sérieux par le support ou, le cas échéant, par le service juridique d'Airbnb.
Un modèle de message à envoyer si le délai de 30 jours est dépassé
Si le bouton natif de suppression a disparu, la meilleure approche consiste à écrire directement au support Airbnb (via le centre d'aide ou le chat), en formulant une vraie demande fondée sur le RGPD plutôt qu'un simple message informel. Voici une trame que vous pouvez copier-coller et adapter :
Objet : Demande d'effacement de données personnelles – Retrait d'un avis (Art. 17 du RGPD) Madame, Monsieur,
>
En tant qu'auteur de l'avis publié le [indiquer la date approximative ou l'année] concernant le logement [indiquer le nom du logement ou le lien de l'annonce si possible], je sollicite par la présente sa suppression définitive.
>
Bien que votre plateforme restreigne la suppression autonome après 30 jours, je vous rappelle qu'en vertu de l'article 17 du RGPD (droit à l'effacement), je ne consens plus à la diffusion de ce texte et des données personnelles qui y sont associées (mon profil, mon prénom).
>
Je vous demande de bien vouloir supprimer non seulement le texte de cet avis, mais également la notation en étoiles qui y est rattachée, celle-ci constituant une donnée indissociable du même avis.
>
Je vous remercie de procéder au retrait complet de cette contribution dans le délai légal d'un mois prévu par l'article 12.3 du RGPD, et de me confirmer cette suppression par écrit.
>
Dans l'attente de votre confirmation de suppression.
>
Cordialement,
[Votre Nom / Prénom associé au compte]
Quelques recommandations pour maximiser vos chances : envoyez ce message depuis le compte Airbnb ayant rédigé l'avis (pour éviter toute contestation sur votre légitimité à agir), joignez une capture d'écran de l'avis si vous l'avez conservée, et restez factuel plutôt que d'entrer dans une justification longue sur le fond de l'avis — la demande RGPD porte sur le traitement de la donnée, pas sur le contenu de l'opinion exprimée. Gardez une copie de votre envoi et de la date, ce qui vous sera utile si vous devez relancer ou saisir la CNIL en l'absence de réponse dans le délai d'un mois.
Pourquoi demander aussi le retrait de la notation, et pas seulement du texte
Sur Airbnb, un avis n'est pas composé uniquement d'un texte : il regroupe également une notation en étoiles, publique et par sous-catégories. Texte et note forment un seul et même avis au moment de sa publication. C'est précisément pour cette raison qu'il est important, dans votre demande, de préciser explicitement que vous souhaitez la suppression de l'ensemble de l'avis — texte et note comprise — et non seulement du commentaire écrit. Une demande qui ne viserait que le texte pourrait, en théorie, être traitée de façon incomplète par un agent peu attentif, en laissant la note isolée dans les statistiques.
C'est là tout l'intérêt de la démarche, et il est important de bien comprendre le mécanisme, car c'est un point que l'on confond souvent : supprimer votre propre avis ne fait pas remonter votre note à vous. Ce que cela fait, c'est retirer votre contribution du calcul de la moyenne du voyageur.
Prenons un exemple chiffré. Vous aviez laissé au voyageur une note de 5 étoiles. Si, par ailleurs, ce voyageur a par exemple une autre note de 4 étoiles laissée par un précédent hôte, sa moyenne actuelle est de 4,5 (la moyenne de 5 et 4). Si vous supprimez votre avis, votre 5 étoiles disparaît du calcul : il ne reste alors que la note de 4, et la moyenne du voyageur redescend donc à 4, et non plus 4,5. C'est cette baisse, bien réelle, qui constitue le signal envoyé au voyageur : en lui laissant une note généreuse malgré une note reçue en retour qu'il juge disproportionnée, l'hôte avait artificiellement soutenu la moyenne du voyageur ; en retirant cette contribution, il rétablit une moyenne plus fidèle au comportement réel de ce dernier.
Un point mérite d'être précisé avec certitude, car il évite toute confusion : cette suppression ne touche en rien l'avis que le voyageur a lui-même rédigé à votre sujet. Les deux avis (celui que vous avez écrit sur le voyageur, et celui que le voyageur a écrit sur vous) sont deux contenus totalement distincts et indépendants dans le système Airbnb. Supprimer le vôtre ne supprime pas le sien, et ne le fait pas disparaître de votre profil ou de votre annonce. Si vous souhaitez agir sur l'avis que vous avez reçu, il faut passer par la procédure de contestation décrite plus haut dans cet article, qui répond à une logique et à des conditions totalement différentes.
Ce qu'il faut absolument retenir avant de supprimer un commentaire
Avant de vous lancer dans la suppression d'un avis que vous avez rédigé, quelques points de vigilance méritent d'être rappelés :
- Le délai de 30 jours est la voie la plus simple, mais pas l'unique voie. C'est la procédure la plus rapide et la plus fiable pour retirer un commentaire que vous avez rédigé. Passé ce délai, il reste possible d'invoquer le droit à l'effacement prévu par l'article 17 du RGPD auprès d'Airbnb, mais cette démarche est plus longue, doit être motivée, et peut être refusée si Airbnb invoque l'exception liée à la liberté d'information des autres utilisateurs. Dans tous les cas, agir rapidement, dans les 30 jours, reste le réflexe le plus efficace.
- La suppression est définitive. Une fois le commentaire retiré, il n'est pas possible de le republier tel quel ni de le récupérer.
- Cette option ne concerne que vos propres avis. Pour un commentaire que vous avez reçu et que vous jugez contraire à la politique d'Airbnb, c'est la procédure de contestation, bien distincte, qu'il faut utiliser.
- Un usage trop systématique peut se retourner contre vous. Supprimer un commentaire à chaque note inférieure à 5 étoiles, sans discernement, peut donner une image rigide, voire agressive, à votre profil d'hôte. Mieux vaut réserver ce geste aux situations où l'écart entre le déroulement du séjour et la note reçue paraît réellement injustifié.
- Accompagner le geste d'une explication reste souvent plus efficace que le silence. Un message courtois expliquant pourquoi vous retirez votre commentaire a plus de chances de faire évoluer le comportement du voyageur qu'une suppression silencieuse, qui pourrait passer inaperçue ou être mal interprétée.
En résumé
La possibilité de supprimer un commentaire que l'on a soi-même rédigé, dans les 30 jours suivant sa publication, est une évolution discrète mais réellement utile de la politique Airbnb. Loin d'être un simple outil de correction, elle peut devenir, entre les mains d'un hôte averti, un moyen de rétablir un certain équilibre face à des notations parfois données sans en mesurer les conséquences. Combinée à des démarches de prévention, comme la diffusion d'un guide de notation personnalisable expliquant les subtilités du système Airbnb, et à une réflexion plus large sur l'indépendance vis-à-vis des plateformes — notamment via la création de son propre site internet — cette nouveauté s'inscrit dans une tendance de fond : celle d'hôtes de plus en plus soucieux de reprendre le contrôle de leur réputation et de leur activité.
Sources
- Airbnb, Supprimer ou contester un commentaire — Centre d'aide Airbnb
- Airbnb, Commentaires authentiques et fiables — Politique en matière de commentaires
- Légifrance, Article 17 du RGPD — Droit à l'effacement / Règlement (UE) 2016/679
- Légifrance, Article 7 du RGPD — Conditions applicables au consentement
- Légifrance, Article L. 121-4 du Code de la propriété intellectuelle — Droit de repentir et de retrait
- Légifrance, Décret n° 2017-1436 du 29 septembre 2017 relatif aux obligations d'information relatives aux avis en ligne de consommateurs
- Légifrance, Article L. 111-7-2 du Code de la consommation
- Cour de cassation, chambre commerciale, arrêts du 7 janvier 2026, pourvois n° 23-22.723 et n° 24-13.163
- Simon Associés, Décision importante : Airbnb hébergeur ou éditeur de contenus au sens de la LCEN ?
- Coblence Avocats, Responsabilité d'Airbnb : la Cour de cassation précise les critères du rôle actif des plateformes
- Derriennic Avocats, La Cour de cassation exclut la qualification d'hébergeur de la société Airbnb en raison de son rôle actif
- bnbflyer, Guide de notation personnalisable pour voyageurs
- MyHostPack, Site internet clé en main pour locations saisonnières